« Escape News est une boîte à outils pédagogiques face aux Fake News ! » Thomas Sotto

Thomas Sotto © Nathalie Guyon

À l’heure d’internet et des réseaux sociaux, tout va très vite. On ne prend pas toujours le temps de vérifier la source d’une information et on risque parfois de la faire circuler à tort, car au final….elle se révèle fausse ! On parle alors de Fake News ou Infox (Fausses Informations).

Thomas Sotto vous donne rendez-vous chaque samedi à 18h sur France 4 avec Escape News, une émission ludique, interactive et pédagogique, de 30 minutes, à regarder en famille.

Son but est justement de nous sensibiliser aux Fake News, éveiller notre esprit critique et apprendre tout en s’amusant.

« J’ai toujours été sensibilisé à l’éducation à l’image et aux médias. Quand j’étais à Europe 1, il y a trois ou quatre ans, j’ai co-créé un module Sens critique mis en ligne sur Spicee (i.e une plateforme 100% documentaires avec un regard curieux sur le monde).

Le principe était simple, nous sommes allés à la rencontre d’une classe de CM2 à Évry et avons tourné un sujet sur leur cantine en constituant deux groupes de montage. L’un racontait la vraie histoire et l’autre, avec les mêmes images, montait un reportage complètement bidon. Nous terminions par un débat avec le professeur.  » m’a expliqué Thomas Sotto

Thomas Sotto © Nathalie Guyon

Tout l’enjeu d’Escape News est de décrypter l’actualité autour d’un thème nouveau chaque semaine, pour mieux comprendre les mécanismes de l’information et démêler le vrai du faux.

Face à une masse considérable d’informations à laquelle nous sommes tous exposés, il est en effet nécessaire et important de savoir mettre en perspective une information, s’interroger sur le montage d’une vidéo, d’une photo….

L’émission est conçue comme un Escape Game, ce qui est assez malin car ce concept de jeu est actuellement très tendance.

Quatre adolescents âgés de 11 à 15 ans y participent et forment deux équipes.

Thomas Sotto (c) Nathalie Guyon

 » Quand on a décliné Sens critique pour en faire une émission de télé, on ne voulait pas quelque chose de classique, on voulait adopter les codes des jeunes pour parler aux jeunes. L’idée d’un Escape Game est donc venue assez facilement et ça a donné Escape News.

Le fait que l’émission reprenne un environnement familier aux jeunes, nous permet de mieux faire passer les messages pédagogiques et leur proposer une boîte à outils pour mieux décrypter notre monde.  » Thomas Sotto

Placés dans une Escape Room, les jeunes doivent faire preuve de sens critique, se poser les bonnes questions, et s’appuyer sur leur culture commune pour résoudre des énigmes en un temps donné.

© Nathalie Guyon

Ces énigmes sont basées sur des photos truquées, des faux Tweets, des infos erronées…..Les jeunes peuvent communiquer avec Thomas Sotto, le « Game Master », installé dans une pièce adjacente qui interagit avec eux par écran interposé.

Thomas Sotto © Nathalie Guyon

« Sur ce thème (ie les Fake News), un format classique, façon cours magistral, n’aurait pas fonctionné. Avec Escape News, on a tous les codes du jeu et on apprend en s’amusant, c’est ce qu’aiment les jeunes.

En complément de l’école, on s’inscrit dans le loisir donc on essaye de faire du temps de loisir utile.

On peut dire qu’Escape News est une boîte à outils pédagogiques face aux Fake News !  » Thomas Sotto

Au final, par le questionnement, la réflexion et le jeu, Thomas Sotto amène les enfants à penser par eux-mêmes. À la fin, lors du débrief, ils font le bilan de ce qu’ils ont appris et repartent avec le statut de  » Certificateur de l’info ».

Thomas Sotto n’hésite pas à ce moment là, à reformuler les propos et mettre des mots sur le ressenti des jeunes en les questionnant sur des termes un peu compliqués abordés au cours de l’émission.

Cela permet de s’assurer qu’ils quittent le plateau en saisissant bien le sens de certains mots qui font l’actualité et prennent conscience des mécanismes de l’info.

L’ambition est de faire naître chez eux, et chez le téléspectateur, un doute pour créer une sorte de réflexe de vigilance face à l’actualité.

Thomas Sotto (c) Nathalie Guyon

« Les jeunes ne sont pas naïfs. Ils savent très bien qu’aujourd’hui qu’il y a beaucoup de désinformation, d’infox. C’est aussi amusant et très intéressant de découvrir par quel cheminement ils arrivent à résoudre les énigmes. Ils sont très réceptifs à ce qu’est l’éducation à l’image et aux médias.

Au final, Escape News, c’est pour les enfants de 5 à 585 ans ! Par là, je veux dire qu’Escape News permet aussi aux adultes de rentrer dans l’univers des jeunes et de mieux le comprendre, comme par exemple avec le sujet sur les Youtubeurs. » Thomas Sotto

Tous les sujets sont abordés : la communication de Donald Trump, la propagande de Daech, la dictature du buzz, les usines à trolls en Russie, la manipulation de l’information par le président Vladimir Poutine, YouTube, les catastrophes naturelles, les théories du complot……

Thomas Sotto © Nathalie Guyon

« Le pari de cette émission sera gagné si, comme ça a l’air d’être déjà le cas, les profs et les parents s’emparent de l’émission et qu’ils considèrent que c’est un contenu utile. On a déjà beaucoup de témoignages positifs de parents et de retours de profs qui nous demandent s’ils peuvent utiliser le support vidéo de l’émission.  La réponse est oui et dans un futur proche, tous les Escape News seront à disposition sur Spicee, pour tout le monde, de manière gratuite et illimitée.

Ça sera aussi gagné, si de temps en temps dans les écoles, on fait un atelier Escape News en visionnant une émission ou en utilisant les pastilles pédagogiques que l’on diffuse pendant l’émission. Ces modules sont pensés, écrits et réalisés pour être utilisés tous seuls.

Tout cela forme une boîte à outils que l’on met à disposition des profs et des parents. J’adorerais aller dans des écoles pour animer quelques numéros d’Escape News. On pourrait aussi proposer aux journalistes en France d’aller passer une demi journée dans l’année dans une école.  » Thomas Sotto

La suite de mon échange avec Thomas Sotto a porté plus largement sur le métier de journaliste, le contexte actuel de défiance vis-à-vis des médias, l’arrivée des rubriques de « fact-checking » dans les 20h et l’Intelligence Artificielle.

Face aux attaques faites aujourd’hui aux journalistes mal menés, en premier lieu par les politiques, Thomas Sotto souligne avec conviction que chaque journaliste doit prouver tous les jours par son travail et sa rigueur qu’il fait un boulot sérieux :

« C’est à nous, journalistes, de gagner le combat de la crédibilité. On n’a pas le droit à l’erreur aujourd’hui. Dans un monde qui est tellement compliqué, prompt à dénigrer, à salir, il faut être rigoureux !

Peut-être aussi qu’il faut écouter un peu plus les journalistes de terrain et un peu moins les éditorialistes*.  » Thomas Sotto (* L’éditorialiste donne son avis, son opinion, son métier c’est de faire des commentaires sur l’actualité)

 

Quand j’ai demandé à Thomas Sotto comment prendre en compte l’émergence des Hate News* et Deep Fakes*, prolongements des Fakes News, il me répond avec la même approche pédagogique et éthique :

« D’abord il faut expliquer aux gens que ça existe. Je continue aussi à penser que ce qui fera la différence c’est l’émetteur, la source de l’information, quel est le média qui vous parle ? et on en revient au combat de la crédibilité qui est très difficile.

Après il y une solution, qui est certes coûteuse, mais il faut accepter que le journalisme est quelque chose qui coûte cher, c’est d’avoir sa propre matière première, avec ses journalistes sur le terrain. Il faut arrêter de penser que l’info ne coûte pas cher, l’info a un prix et c’est normal, sinon chacun bidouille son sujet et on arrive à des dérives.  » Thomas Sotto

© Laure Culsan

Quand on aborde l’arrivée des rubriques consacrées au «fact-checking» dans les 20h, Thomas Sotto en pense beaucoup de bien mais réaffirme avec force :

« Il faut arrêter de dire que les 20h se mettent au «fact-checking». Quand on est journaliste, et qu’on fait un sujet pour un 20h, on fait déjà du « fact-checking » en permanence, puisque cela désigne le fait de vérifier les infos et que toutes les informations au 20h sont vérifiées. C’est ce qui fait toutes leurs forces et c’est pour ça que les gens ont confiance dans les 20h.

Ces nouveaux formats permettent simplement de traiter des sujets ou faire un zoom sur une actualité qui s’est largement propagée sur les réseaux sociaux par exemple, mais qui n’a pas sa place dans un 20h, simplement parce-que le 20h c’est des choix, une hiérarchie de l’information….alors là, c’est intéressant de faire du « fact-checking » pour dire que c’est faux et pourquoi c’est faux. Il faut les voir comme un complément au journal de 20h qui apporte un éclairage en plus. » Thomas Sotto

Pour continuer notre discussion, nous avons échangé au sujet de la loi sur les Fake News adoptée en octobre 2018 par l’Assemblée National (i.e la loi ordinaire contre « la manipulation de l’information » en période électorale). J’ai demandé à Thomas Sotto s’il trouvait qu’une loi sur les Fake News est efficace ? Voici ce qu’il m’a répondu :

« J’ai du mal à avoir un avis là-dessus. Pour moi, loi et information sont des mots qui ne vont pas forcément très bien ensemble, sauf par exemple quand il s’agit de dire que le racisme n’est pas une opinion mais un délit. Je crois plus dans l’éducation, dans l’école et le travail des instituteurs. » Thomas Sotto

Thomas Sotto (c) Nathalie Guyon

Forcément, quand on demande à Thomas Sotto quelle est la plus grosse Fake News qui l’ait marqué ? Il me répond avec humour, en faisant un clin d’oeil à un grand sportif dont il est fan :  » Que Roger Federer aurait 37 ans ! » 🙂

© Thomas Sotto

Enfin, j’ai aussi voulu savoir ce que Thomas Sotto pensait de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle en matière de journalisme. Sa position est assez tranchée :

« Je pense que dans la vie, il y a l’intelligence artificielle et au-dessus, il y a l’intelligence humaine qui n’est pas toujours bien utilisée certes, mais qui reste essentielle.

Je pense qu’il faut continuer à faire confiance à l’humain, à sa sensibilité, son sens critique, sa capacité de jauger et celle de se tromper parfois. » Thomas Sotto

Pour terminer sur une note légère, je rassure celles et ceux qui se posent la question : Thomas Sotto porte toujours à son poignet une montre Orange (même s’il a donné l’originale à Nicolas Canteloup) et mange toujours des bananes !

Merci à Thomas Sotto, aux équipes d’Escape News et de France 4 pour leur accueil, disponibilité et nos échanges très intéressants et enrichissants !

Oui, la meilleure protection face aux Fake News est sans doute l’éveil de notre sens critique.

Alors rendez-vous le samedi à 18h20 sur France 4 pour Escape News !

Retrouvez Escape News sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter

Pour s’inscrire à l’émission : Formulaire pour participer à Escape News

Pour voir les replay : Escape News Replay

Vous aussi, faites l’expérience du doute, car « le plus grand danger n’est pas l’ignorance mais l’illusion de la la connaissance » .

Princess Zaza

Hate News : lire l’article de l’ADN sur les Hate News

Deep Fakes : contraction de « deep learning » (apprentissage profond, un terme lié à l’intelligence artificielle) et « fake » (faux, truqué). C’est une nouvelle forme de désinformation qui permet de truquer des vidéos de manière hyperréaliste, en transposant les mouvements du visage d’une personne sur celui d’une personne, ce qui permet de lui faire dire ce que l’on veut, ou en collant le visage de quelqu’un sur le corps de quelqu’un d’autre. Une vidéo a beaucoup marqué les esprits aux États-Unis : celle de Barack Obama prononçant un discours totalement fictif dans lequel il traite Donald Trump de « deepshit » (grosse merde). Créée par le site Buzzfeed, avec le fameux logiciel FakeApp, cette vidéo visait précisément à mettre en garde contre les risques de désinformation.

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