Interview Philippe Bloch : « Pourquoi ne serions-nous pas tous des Barack Obama ? »

Philippe Bloch

Lors de l’édition 2014 de La journée de la Femme digitale, les organisatrices ont eu l’excellente idée d’inviter Philippe Bloch qui est venu nous parler avec tout l’optimisme qui le caractérise de l’échec.  En France, il renvoie le plus souvent à quelque chose de négatif alors qu’il est la possibilité d’une réussite future !

« Le succès consiste à aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » Winston Churchill 

Lors de cet évènement, chaque participant pouvait également repartir avec une version dédicacée du très inspirant et rafraîchissant livre de Philippe Bloch : « Ne me dites plus bon courage ! ». Un livre que je conseille à tout le monde pour prendre de la hauteur et se mettre en mode action ! Un livre qui nous rappelle aussi que le bonheur est à portée de mots !

Après l’avoir lu, j’ai souhaité en savoir un peu plus sur la philosophie de vie très optimiste de Philippe Bloch et je lui ai proposé une interview à laquelle il a accepté de répondre.

Dans votre livre « Ne me dites plus jamais bon courage », vous faites référence à plusieurs reprises à la manière de penser et d’être des Américains. Qu’est-ce qui vous fascine tant chez eux ? Et pourquoi selon vous est-il si difficile de retrouver cette énergie et cette vision positive en France ?
PB : Il y a toujours eu deux façons de se lever le matin. La première, typiquement française, consiste à se dire « pourvu qu’il ne m’arrive rien aujourd’hui ». La seconde, plus américaine, consiste à « espérer qu’il m’arrive quelque chose ». Aucun pays ne mérite véritablement être cité en exemple dans tous les domaines, mais force est de reconnaître aux Américains un optimisme, une attitude face à l’avenir et une capacité à rêver infiniment supérieurs aux nôtres.

Je cite dans mon livre l’exemple de Barack Obama dont la victoire en 2008 m’a beaucoup marqué. Aucune étude de marché n’aurait en effet misé sur ses chances de succès dans la course à la Maison Blanche. Pas de fortune personnelle, un père Kenyan et une couleur de peau qui devaient le disqualifier, un deuxième prénom (Hussein) repoussoir aux yeux de l’Américain moyen traumatisé par la guerre en Irak et la croisade de George Bush Junior, une enfance forcément suspecte car passée dans un pays musulman, des compétiteurs (le clan Clinton) tenant fermement les rênes du Parti, une expérience limitée du pouvoir, et face à lui un vieux héros aigri prêt à tous les mensonges. « Ça ne marchera jamais ! », lui a-t-on mille fois répété. Seulement voilà… Doté d’une intelligence supérieure, d’un charisme hors du commun et d’une force de travail inouïe (qui aurait résisté sans fatigue apparente à autant de voyages et au stress d’une campagne aussi violente ?), il a su croire en son destin et construire l’image d’un homme capable de rassembler une Amérique inquiète et divisée. Pourquoi ne serions-nous pas tous des Barack Oabama ?

Découvrez mon board pinterest dédié à @BarackObama :  pinterest.com/isabellespanu/obama

Obama

Quelle place occupent les voyages dans le fait d’être une personne optimiste ?
PB : Une place majeure ! Rien de tel en effet que de quitter son environnement quotidien pendant quelques jours ou quelques semaines pour porter dès son retour un regard différent sur son pays et ses habitants ! Le choc est souvent rude, dès l’arrivée à Roissy quand il s’agit par exemple de trouver un taxi… Mais le plus frappant est de ressentir très rapidement la morosité ambiante et un manque d’énergie, d’envie, d’appétit. Le contraste est d’autant plus violent quand on revient d’un pays dix fois moins riche ou privilégié que le nôtre, et dont les habitants ont pourtant une joie de vivre, un enthousiasme et une vision positive de leur avenir qui forcent le respect.

Voyager nous rappelle utilement que le pays qui possède le droit social le plus protecteur jamais inventé, qui prend soin de ses demandeurs d’emplois mieux et plus longtemps que n’importe lequel de ses voisins, qui dispose l’une des plus grosses épargnes de la planète et vit en paix depuis plus de soixante ans, est aussi celui qui est le plus gros consommateur d’anxiolytiques… Une leçon que l’on oublie malheureusement trop rapidement quelques jours après notre retour !

Signpost in the Stirling Point, Bluff, New Zealand

Devrions-nous réformer le système scolaire français pour laisser plus de place par exemple à l’expression orale, l’erreur comme forme d’apprentissage, le côté ludique pour apprendre en s’amusant… ? 
PB : Bien évidemment, car c’est là que tout commence ! Quiconque s’interroge sur l’origine de notre état d’esprit ferait bien d’observer la façon dont une jeune maman encourage outre-Atlantique l’enfant qu’elle dépose pour la première fois à l’école maternelle : « Go and have fun », lui dit-elle en l’embrassant. « Vas-y et amuse-toi ! » Rien de tel en France, où la mère protectrice multiplie en pareil cas les mises en garde du type : « Fais attention, sois prudent, ne prends pas de risque, ne touche à rien, ne parle à personne, ne tombe pas ! ».

Quant à l’erreur, il est urgent de la réhabiliter dans un pays qui laisse trop rarement une deuxième chance. Chacun sait que seules les épreuves renforcent, et que seuls les échecs font avancer. N’oublions jamais que surprotéger affaiblit. Et qu’entreprendre aguerrit. Quand cesserons-nous de nous plaindre plutôt que de nous endurcir ? Quand comprendrons-nous qu’une protection excessive ne fait que ruiner l’estime de soi de ceux qui en bénéficient, et que le principe de précaution ne fait qu’affaiblir nos défenses immunitaires ?

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Source aupaysdesbroetchen

Quelle est l’importance et le rôle du questionnement dans l’optimisme ?
PB : Un rôle majeur, mais pas seulement en matière d’optimisme ! Etre capable de s’étonner, ne jamais se satisfaire de l’existant, viser toujours plus haut sont une condition majeure de l’optimisme. « Ma qualité principale est d’avoir toujours pratiqué l’insatisfaction active et d’avoir toujours su me remettre en cause », aimait rappeler Bernard Darty, fondateur de la chaîne éponyme. Ce qui vaut pour le business vaut aussi pour nos vies personnelles. L’ennui fatigue et tue la créativité. La passion donne des ailes. Immobilisme et arrogance sont synonymes d’échec garanti à court ou moyen terme. Quiconque est convaincu de détenir la vérité ou s’avère incapable de remettre en cause ses habitudes ne devrait pas tarder à en payer le prix. Car la routine nous enferme dans un monde figé et nous empêche de nous émerveiller. Nos petites manies nous rassurent, mais elles nous interdisent de voir la vie avec le regard de l’enfant qui découvre le monde et s’en étonne. En nous privant de vivre régulièrement de nouvelles émotions, elles nous condamnent à vieillir prématurément.

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Si vous deviez formulez les 3 règles d’or de l’optimisme, lesquelles seraient-elles ?
PB : Être capable d’importer de l’angoisse et exporter de l’enthousiasme en toutes circonstances.

Savoir différencier le provisoire du définitif, le transitoire du permanent, se dire que « ça passera » en cas de coup dur et reconnaître qu’il y a rarement mort d’homme.

Voir les solutions, là où les autres ne voient que des problèmes ou des obstacles.

Le fait d’être optimiste rend-il plus heureux ?
PB : Bien évidemment ! Comment être heureux quand on voit des problèmes partout ? Ce qui me frappe, c’est que nous sommes devenus incapables de penser que les choses peuvent être simples, normales, apaisées, fluides, agréables, que tout n’est pas forcément combat, tension, obstacle ou rivalité. Qu’il n’y a pas QUE des problèmes et qu’il est possible de vivre aussi heureux, voire plus, sans tenter de les débusquer en toutes circonstances. Que le monde tournera aussi bien si nous cessons de déceler uniquement ce qui n’y fonctionne pas. Car l’air de rien, cette habitude finit par nous conditionner en nous faisant imaginer des difficultés partout, même et surtout là où il n’y en a pas encore. Voire les faire survenir, à force d’être convaincus de leur avènement proche ou lointain. Plus grave est sa capacité à inhiber notre prise d’initiatives, ou notre propension à courir le moindre risque.

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Source Lexpress.fr

Quelle est votre définition du bonheur ?
PB : Se lever chaque matin en réalisant la chance que nous avons de vivre à notre époque et ne jamais se dire « c’était mieux avant » ! Profiter du moment présent, sans regarder systématiquement dans le rétroviseur. Faire des projets et les réaliser. Ne jamais laisser nos regrets prendre le pas sur nos rêves.

Le bonheur, ça s’apprend ou est-ce une disposition naturelle, qu’en pensez-vous ?
PB : J’ai toujours pensé que le bonheur est une décision que l’on peut prendre ou ne pas prendre. Qu’il dépend moins des circonstances de la vie que de la façon dont nous choisissons de les vivre ou de les surmonter. Que chacun de nous en a d’immenses réserves personnelles, dans lesquelles il suffirait de puiser. On peut certes ne voir que la face noire des hommes, des choses et des événements. On peut choisir d’être malheureux, au motif que la France serait en déclin ou ne serait plus à la hauteur de son arrogante mission planétaire. On peut se morfondre à l’idée que nous assistons impuissants depuis quelques années au triomphe d’un modèle universel, qui n’est plus un modèle français et que le monde a cessé de nous envier. On peut regretter que la fameuse exception française censée éclairer la planète n’ait plus d’exception que le nom, et qu’elle n’illumine plus grand-chose à l’heure de la mondialisation. On peut se lamenter à l’idée que notre suprématie industrielle et financière n’ait pas été éternelle. Mais on peut aussi apprendre à voire un verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

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Qu’aimeriez que l’on dise plus souvent ? 
PB : Oui ! C’est possible ! Allons-y, fonçons ! Arrêtons d’avoir peur ! La vie est belle, profitons de chaque instant !

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Un dernier message pour vos lecteurs ?
PB : Le monde de demain appartient aux optimistes. Ceux qui sont capables de développer une vision positive de leur existence et de conserver une vitalité juvénile. Plutôt que de désespérer de l’inaction collective, ils préfèrent se concentrer sur ce qu’ils peuvent accomplir à leur niveau, fût-il modeste. Plutôt que se dire victimes, ils se voient en acteurs du changement. Plutôt que de considérer les tracas ou les emmerdements comme définitifs, ils s’efforcent toujours de les juger provisoires et de visualiser à quoi ressemblera la sortie de crise. Au lieu de multiplier les généralisations excessives et de se laisser envahir par le doute, ils relativisent et voient les choses du bon côté. Plutôt que d’en vouloir aux autres, ils font preuve de générosité à leur égard parce qu’ils ont en commun la passion de l’avenir. A défaut de choisir notre réalité, pourquoi ne pas changer le regard que nous portons sur elle ?

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Un grand merci Philippe !

Retrouvez Philippe sur le site : plus jamais et sur les réseaux sociaux : Twitter : @PhilBloch et Facebook

Pour commander son livre : Philippe-Bloch-Ne-me-dites-plus-jamais-bon-courage

Je vous invite aussi à lire l’excellent article de Nicolas Bordas : « Et si on arrêtait de parler triste »

And now….Action !

Princess Zaza

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